Des images douloureuses pleines de douleur

Pour explorer les représentations des douleurs de l'accouchement, certaines devraient être d'actualité dès cette époque. Mais "il y en a très peu", assure l'historienne Emmanuelle Berthiaud. Beaucoup moins « explicites » où « s'exprime la douleur de la parturiente », poursuivent ceux qui ont été fascinés par le portrait européen entre le XVIIe et le XIXe siècle. Parce que ? Parce que la naissance dans les sociétés chrétiennes était vue « sous l'angle du péché et du tabou ». Mais, en plus, il "vivait généralement dans l'isolement". Les hommes sont peu présents. Moins encore les artistes.

Une scène méticuleusement mise en scène.

Bien que son illustration soit insolite, ce "moment paroxystique" dans lequel "l'enfant est séparé du corps de la mère" n'en est pas moins un sujet suffisamment intéressant pour que certains artistes lui "dédient leur travail", note Emmanuelle Berthiaud Célébration. En voici 4 exemples : une estampe d'Abraham Bosse (1633), deux œuvres d'anonymes -l'une du XVIIe siècle, selon Andries Both, l'autre de 1800- et un tableau de Jean-Baptiste Carpeaux (1870).

Tous décrivent en détail les situations réelles : environnement (peur d'une issue fatale, douleur) ; emplacement (bourgeois à la maison, chic dans la rue) ; domaine non médical -« Les seuls intervenants invoqués par rapport à la mort et à la douleur sont les non profanes »- ; la position ; services (lavabos, literie, etc.) ; aide féminine, matérielle et morale; la "sage-femme" ou "sage-femme".

Une matière à l'origine de la douleur

Emmanuelle Berthiaud souligne que dans ces ouvrages l'illustration de l'évocation de la douleur chez la parturiente est « systématique ». Pour elle, cela se définit par « le commandement biblique 'Avec douleur tu enfanteras' », qui est ancré dans les esprits. Mais aussi sur l'aspect "initiative" de l'accouchement et sa douleur, "une deuxième clé de l'existence féminine" qui "rassemble collectivement le groupe de femmes".

Il analyse que ce n'est pas le corps de la femme qui accouche qui exprime la douleur, car "ça se voit à peine", et les sages-femmes gambadent actuellement "sous leurs jupons". Mais les cris, "provoqués dans toutes les oeuvres, tant par la légende de la photo que par la figuration de la bouche ouverte".

Quel rôle pour le père ?

En trois images, Emmanuelle Berthiaud souligne que les hommes qui ne sont normalement pas sages-femmes jouent un rôle subalterne. Sur la toile apparaissent deux pères et un derrière, Carpeaux, peignant la première naissance de sa femme.Si les écrits personnels de l'élite de l'époque montrent que les hommes étaient assez nombreux pour participer au rôle, la vérité est, dit l'historien, qui "défie sa présentation quasi-systématique dans un univers fortement féminisé".

Serait-ce à autoriser la transgression de la représentation d'un fait dont les femmes sont normalement responsables ? Autrement dit, sont-elles « impressionnées par l'intensité du moment et la profondeur de l'expression de la douleur féminine » ? Traduisez-vous le « malaise » de témoigner ? Pour Emmanuelle Berthiaud, cette position révèle "l'impuissance masculine face à la douleur, ici la torture féminine". C'est probablement, estime-t-il, "l'une des nombreuses raisons de la rareté de la figuration de la naissance".

paulina machard