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« VIVEZ VITE »

L’amour de la peinture semble avoir guidé la vie d’Edgard Naccache. Prise dans les tourments et les tragédies contemporaines, sa peinture aux multiples facettes n’a cessé de prendre le pouls d’un monde de l’après guerre, celui des transformations sociales, politiques et esthétiques du XXème siècle. C’est en tant qu’autodidacte qu’il commence à dessiner et à peindre à Tunis, le temps où il fut journaliste pour des quotidiens tuni- siens. Cette proximité constante avec les lettres et le goût des mots a cer- tainement eu une influence sur l’usage qu’il fît des coupures de journaux imbriquées, collées, greffées à ses toiles. De nombreux jeux graphiques s’affirment dans cette peinture en perpétuelle mutation, entre figuration et abstraction. Tant outsider pour « peindre en indépendance » que précurseur de la figuration narrative, Naccache a toujours défendu la peinture de son époque, et ce depuis ses débuts jusqu’à son arrivée en France en 1962.

Être dans le présent, Naccache s’y est toujours contraint. Pouvant user de la photographie lors de ces déambulations citadines, il prélève des éléments qui l’entoure et procède à des montages d’images conférant à sa peinture une dimension cinématographique. Des blocs d’images se confrontent avec des coupures de journaux ou des graffitis, mots incisés rapidement dans les murs parisiens qu’ils scrutent avec attention. À travers l’utilisation du quotidien comme matériau et la réinterrogation du cadre, une tension constante est à l’oeuvre entre la figuration et l’abstraction.

Des « ruines » contemporaines apparaissent dans sa peinture, et affirme son rapport à une architecture en changement, à la fois transitoire précaire, et instable. Par la propagation de touches et de surfaces picturales, Naccache peint les impasses et murailles délabrées ou encore les affiches lacérées. Cette désolation et la destruction des lieux ne sont que le reflet de l’influence, du contrôle et du pouvoir exercé par et sur l’homme.

Ses redéfinitions de l’espace et de la composition deviennent des éléments structurants de la peinture, oscillant entre fantasme et étrangeté des paysages urbains. Avec cette «effroyable beauté» du quotidien, Naccache veut faire dire quelque chose à la peinture en ajoutant une historicité à la matière picturale. Il fait résonner sa peinture avec les bruits du monde et avec les luttes politiques des années 60. Engagée, amoureuse, libre et passionnée, sa peinture se charge de ce constat des mutations de son époque. À la manière d’un chuchotement, sa peinture déclame des mots d’amour adressés à sa femme Charlotte. Entre amour et révolte, Naccache lance un SOS pour réveiller les grandes espérances, celles qui favorisent la vie, la culture et la beauté, coûte que coûte.

Marianne Derrien

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Les fantômes d’Edgard Naccache

C’est un vieux savoir-faire : enduire une toile, apposer, couche par couche et à l’aide d’outils demeurés intacts au fil des siècles, des pigments pâ- teux, vernir, tendre sur un châssis. Il y a des mélanges secrets, que dis- simule l’odeur obsédante de l’essence de térébenthine, et de beaux noms de couleurs qui évoquent la Méditerranée du Moyen-Âge et de la Renais- sance. Tout un vocabulaire poétique, aussi, pour désigner ce qu’une image montre et qui n’est pas la réalité, vanités ou natures mortes. Humblement inscrite dans les rituels simples d’une peinture qui n’a pas besoin de rappe- ler qu’elle est un art plastique, l’œuvre d’Edgard Naccache échappe pour- tant à son lexique. Terre-de-Sienne ou ventre-de-biche, ces couleurs qui ne semblent pas sorties d’un tube mais directement arrachées au sol ou à un mur de Djerba ou de Paris ? On n’y songe pas. Vanités ou natures mortes, ces objets épars vus sur un chantier ? Leur contemplation ne nous évoque jamais l’Ancien Testament mais toujours la vie, et on ne pense là ni à l’œuvre de la nature, ni à la putréfaction par laquelle la mort opère.

Et pourtant, franche, épaisse, débordante, avalant sans lutter coupures de journaux et autres matériaux venus du monde, ou reproduisant d’un fin trait de pinceau un pochoir, un tracé de craie, une réclame, ou une carte postale touristique, la peinture a rarement été aussi reine que dans les tableaux de Naccache, parlant sa langue, dictant sa loi, s’imposant comme dialecte et support natifs et maternels avant et par-dessus la toile et le bois.

La traduction de la chose vue en image à deux dimensions ne se fait pas selon les conventions inventées à cet effet, celles des jeux d’ombres et de perspectives, au point de peu à peu, au fil des ans, conduire l’ar- tiste à préférer pour sujets les murs et les palissades qui s’offrent déjà, en eux-mêmes, comme des tableaux – qu’ils ne sont pourtant pas, puisque c’est bien le peintre qui leur offre le privilège de les contrefaire et de les réinventer. C’est ainsi que s’accumulent depuis des temps im- mémoriaux les objets qui constituent le catalogue de l’histoire de l’art.

Le résultat est fauve, brut, abstrait, sans appartenir à aucune des esthé- tiques qui se sont revendiquées de ces termes. C’est que, colorant sur un échafaudage les murs des villas de Tunis qu’il prenait par ailleurs pour mo- dèles, Naccache est comme Botticelli qui peignait dans ses tableaux les robes fleuries qu’il décorait, dit-on, pour les riches dames florentines : sa peinture, totale, parle la langue des murs et irradie autant le réel que sa représentation, que recouvre la même couche familière de matière pig- mentée. Le peintre expérimenté sait pourtant qu’un tableau est un tableau, et il se garde bien de reproduire, en imitant un mur qui a connu plusieurs vies, l’ordre natif des couches, mais il les réinvente, sans souci de pré- tendue authenticité ou d’illusion, au gré des lignes de forces qui seules comptent, celles de la matière qu’il a sous les doigts, et de son regard.

Dans cette saturation de matière et d’images, qu’il se plaît à rendre inégale, dégoulinante, et abîmée, portant la marque de l’œuvre au sens qu’a ce mot dans les métiers du bâtiment, et des modifications apportées par le passage des hommes et du temps, se dessine une absence qui ne passe pas inaper- çue : celle de ses protagonistes. Passés certains paysages de la première période, les figures humaines disparaissent tout à fait. Ne restent que leurs jeux, leurs souvenirs, leurs combats, leurs ravages, leurs rêves en chan- tiers, réduits souvent à ces traces primales, presque rupestres, que sont les inscriptions furtives de la marelle, des jurons, de la séduction maladroite, et même de cet étonnante énonciation des astres et des voyelles qui revient comme un leitmotiv au temps d’avant le langage : soleil, lune – a, e, i, u, o.

Ce n’est alors plus le quotidien, l’anecdotique qui transparaît dans les ta- bleaux de Naccache, mais un destin permanent, sans cesse réécrit couche par couche, d’une humanité en perpétuel déménagement. Les fantômes de la banlieue de Tunis, ou des quartiers de Paris dont l’histoire est réécrite, sont ceux d’un exil qui ne se limite pas à celui des Juifs du Maghreb qui a pénétré l’artiste dans sa chair, et que raconte une éternelle légende qui ne cesse de se raconter dans nos villes, celle des millions d’âmes qu’emportent dans leurs marées les terrains par trop vagues. Pour la saisir, il faut comme Naccache peindre avec patience et détermination, éclabousser et raffiner les matériaux qui semblaient les plus pauvres, le bois, le carton, ou cette toile de lin rugueuse qui ressemble au jute et qu’il cloue ou agrafe d’une main ferme sur des châssis qui semblent être nés des débris de cageots usagés.

La peinture, qui murmure la langue secrète des murs, peut rendre visible aux vivants la foule des fantômes parmi lesquels ils marchent, aiment, et dorment sans jamais les regarder.

Aleksi Barrière

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Maison en démolition avec vestiges de papiers peints Par Claude Jamain

C’est un jeu d’enfant : des rectangles juxtaposés, une sorte de marelle verticale, allant de la terre au ciel. De la vie qui fut là, dans cette mai- son effondrée, il ne reste qu’une trace géométrique, panneaux de cou- leurs tendres – tendres comme le souvenir –, autrefois salon, chambre, bureau. Tous les volumes qui abritaient de la vie ont été aplatis, lami- nés par l’agression contemporaine ; ils en sont tout bonnement deve- nus abstraits ou tout au moins réduits à l’état de vestiges. Cette mise à nu a libéré de l’intimité. Et dans l’épaisseur-même des murs, la couleur laisse apparaître des parties internes plus pâles, tout à coup révélées. Ces macules sur les murs, est-ce l’usure de la vie quotidienne ? Plutôt des couleurs qui se sont mises à jouer. Elles laissent transparaître leurs états anciens, leurs excès, leurs faiblesses ; et même se mettent à couler sans prendre la peine d’être formes, s’effacent parfois, se pâlissent. Cet espace de vie est surgi des profondeurs d’une terre menaçante : des pieux sont dressés et plutôt qu’une palissade, forment une sorte de terrible mâchoire.

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Et vers le haut, de même, tout se termine en menace – un cerne comme si une lune noire plombait tout le paysage, des cheminées et des faîtes grisâtres : c’est tout un peuple d’ombres perdues dans les brumes. Entre les deux, entre le très haut et le très bas, demeure ce qui fut porteur de toute l’intimité d’une vie : des regards ont erré sur ces couleurs, le premier de la journée, le dernier avant que les yeux se ferment. Bien sûr, les marques de violence sont nombreuses : plaies du papier déchiré, triste dentelle des papiers fleuris arrachés, plâtres disloqués. Edgard Naccache montre les mondes suspen- dus, éphémères, la précarité des vies écrasées, d’un seul coup, comme une maison s’effondre, sous le souffle d’une catastrophe, bombe ou désastre urbain. Cependant, le soleil joue encore dans la chambre verte, et la maison, dans sa débâcle, est fière encore.

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Les critiques d’art

Marianne Derrien

Née à Berlin en 1981, Marianne Derrien est commissaire d’exposition indépendante et critique d’art. Elle a été chargée de mission à l’Aca- démie de France à Rome – Villa Médicis pour la programmation des ex- positions. Membre du Collège critique du 59ème et 60ème Salon de Montrouge, elle a obtenu une bourse théorie /critique d’art du CNAP pour une recherche intitulée: “De l’usage des forces : Visions magiques, alchimiques, occultes dans l’art contemporain et les cultures visuelles”

Aleksi Barrière

Aleksi Barrière, né en 1989 à Paris, est auteur et metteur en scène, c’est-à-dire compositeur et traducteur de textes, images et espaces. Fondateur avec le chef d’orchestre Clément Mao-Takacs de la compagnie La Chambre aux échos, qui se consacre au théâtre musical entre répertoire et création contemporaine, il est l’initiateur de nombreux projets artistiques, pédagogiques et éditoriaux. Cette saison, il était à la Biennale Njord à Copenhague, au Palais des Beaux- Arts à Bruxelles et au Festival Novalis en Croatie, et a présenté son dernier spectacle de théâtre musical en novembre dernier au Théâtre Adyar à Paris.

Claude Jamain

Claude Jamain est né en 1952. Professeur des universités.

Enseignant comparatiste, spécialiste des rapports entre la littérature et la peinture, en poste

à l’Université Lille 3. Il pratique l’art du mime depuis de longues années.

D’abord claveciniste, il s’est rapidement intéressé à la pantomime et a suivi

une formation dans la tradition de Decroux. Il travaille en esthétique sur les

arts de la représentation. A publié entre autres Le Regard trouble, de la vie des marionnettes, La Douceur de vivre…

 

Brigitte Ducousso – Mao

Brigitte Ducousso – Mao est née en 1952, historienne de l’art, commissaire d’exposition, conférencière. Elle a créé une série d’émissions sur le mouve- ment esthétique Arts and Crafts – premier mouvement de contestation sur la laideur des produits imposés par l’industrialisation – sur Canalacademie, radio de l’Institut de France. Fondatrice de L’AREA : Association pour le Renouveau de l’Espace Artistique, agréée par l’Etat, via le Ministère de la Jeunesse et de l’Education Populaire.

 

-Edgard Naccache 1917-2006

L’exposition est découpée en trois séquences mettant en lumière son par- cours :
– Le Réalisme, de 1938 à 1945
– L’Abstraction, de 1945 à 1961

– La Figuration narrative, de 1962 à 2006, qui englobe cinq périodes : Les Marelles- les Agressions quotidiennes- Pub Cibles et Blasons – Requiem pour la rue Saint Vincent- Portes Murs et Palissades.
Une trentaine de toiles retrace le travail de cet artiste peintre resté, durant toute sa vie, libre de toute obédience à un mouvement ou une école.

Le Réalisme

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Bien loin d’être de serviles imitations de la nature, les toiles d’Edgard Nac- cache réalisées dès son plus jeune âge sont couvertes de touches longues nourries, nerveuses, à la manière de Manet et de Fragonard. La Goulette, Tunis, Mahdia, le portrait de Charlotte, une « nature morte au vase et oi- seaux morts » … sont presque aussi synthétiques que des tableaux cu- bistes, baignés d’une lumière qui dissout et métamorphose les formes. Il peint à ce moment à l’huile, sur isorel, sur bois, sur carton, sur tout ce qui devient support car il n’a pas d’argent. Il peint dans un couloir et expose dans le hall de son journal. Cet autodidacte au talent incontestable fut salué dès 1941 par Henri de Vartin dans Le petit matin de Tunis :

En 1947, l’abbé Morel, invité à Tunis pour une série de conférences sur Picasso, l’encourage et le présente au Prix de la jeune peinture, après avoir vu quelques unes de ses toiles
1948 fut l’année décisive du premier voyage hors de la Tunisie, à Paris. Il y eut son premier contact avec les musées, avec la peinture contemporaine. 1950 fut l’année de la révélation, puisqu’il obtint le « Prix de la Jeune Pein- ture de Tunisie »

L’abstraction

Nul n’échappe à son époque : Edgard Naccache, le marginal, le franc-tireur, n’est pas resté insensible à l’attrait de l’Abstraction. Entre 1954 et 1963, on le sent proche des abstraits lyriques et des démarches de Picasso. Il introduit des matériaux comme le sable dans ses compositions. Sa préoc- cupation semble être celle de la matière et du rythme. Il use abondamment du noir et laisse à cette « non couleur » le soin d’animer les fonds colorés, nourris, pâteux, traités en clair-obscur par de violents contrastes. Ces ta- bleaux-paysages très dynamiques s’apparentent à ceux de Schneider ou d’Hartung. Gouaches et huiles nous livrent l’image d’un artiste bouillonnant d’énergie et frémissant de sensibilité, comme le soulignent Pierre Fournier dans La Dépêche tunisienne de 1945, François Châtelet en 1953 et Jean Clarence Lambert en 1961.

 

La figuration Narrative Les Marelles

Le travail de Naccache est souvent obsessionnel. Le peintre explore un thème durant deux ou trois ans, parfois plus, puis change de direction pour dire ses observations, nous transmettre sa vision du monde. L’art, et en particulier la peinture, lui semble être le seul lien possible entre les hommes, quelle que soit la forme que cette peinture prenne : abstraite ou figurative, à l’huile à la gouache ou à l’acrylique. Dès son arrivée en France, en 1962, sa peinture change radicalement. Il trouve un langage plastique extrêmement intéressant, superposant réel et imaginaire, qui provoque l’enthousiasme des plus grands spécialistes d’art contemporain et que Gérald Gassiot-Tala- bot dénomma « la Figuration Narrative ».

Africana marelle, 1965, acrylique sur toile

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Marelle, 1964, acrylique sur toile

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Hubert Juin, Jean Jacques Lévêque, Gérald Gassiot – Talabot considèrent l’apparition des jeux de marelle dans la peinture de Naccache comme une révolution. En effet, ce thème iconographique des Marelles comme métony- mie du monde fait irruption pour la première fois dans l’art du XXe siècle sous le pinceau de Naccache, qui utilise l’acrylique sur toile, les collages, les rehauts à la craie, les grattages…

Les Agressions du Quotidien

Après les Marelles et bien avant Jean-Michel Basquiat, Naccache s’était emparé de la rue, des messages qu’elle transmet, des drames qui s’y jouent, de l’ambiance délétère d’un Paris en désagrégation. Dans les toiles réali- sées entre 1970 et 1975, Naccache accuse les manipulations dont nous sommes victimes par le biais de la publicité, ou ironise sur les images forte- ment sexuées, violentes ou agressives qui envahissent notre champ quoti- dien via la télévision ou les journaux.

Pub, cibles et blasons

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Tir et lèvres, Jambes, La Cible, Petites Gaines sont autant de toiles / mes- sages qui attestent de son désir de nous désaliéner, mais en même tant d’attirer notre attention sur la beauté de ces nouvelles images. Rien n’est violent chez cet artiste. Les messages les plus grinçants se disent en dou- ceur : Rose et Barbelé, Pour un Printemps, Mitraillettes commando donnent le ton.

Requiem pour la rue Vincent

De 1977 à 1992, l’interminable agonie des édifices du passé le fascine au point d’être l’unique sujet de ses toiles. Les ruines provoquées par la folie des hommes, ou celles dues à la force irrésistible du temps sont, pour cet artiste, l’occasion d’un repli, d’une expérience intérieure, d’une confronta- tion de ses états d’âme avec cette dégénérescence. Naccache a fixé sur sa toile, sans hiérarchie, les traces de Belleville comme celles d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle (Bastille, à l’oiseau, au fauteuil rouge, Le rideau rouge).

Portes, murs et palissades

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De 1980 à sa mort en 2006, Edgard Naccache peint les ruines pour nous faire éprouver, à une époque où justement nous sommes en train de le perdre, le sentiment du temps pur. La permanence des ruines dans la ville fait sortir le caractère éphémère des choses, elle rappelle que les civilisations sont mortelles. Tels des écorchés, ces effondrements sont la manifestation d’une intimité – d’une présence essentielle, enfin accessible (La Palissade bleue Traces de l’homme dans la ville). Les murs, les portes, les frontispices, les rideaux de devanture ne sont plus dans son œuvre débris mais vestiges. Ces traces des vies passées ne lui apparaissent pas comme un désordre statique et inerte mais comme des formes géométriques renaissantes (Le Bal, Palissade écroulée).

Parfois, pour rendre son message plus limpide, il insère dans ses tableaux des bribes de phrases car, pour ce peintre, ancien journaliste et « homme de lettres », les mots se régénèrent au contact des images, qui se nourrissent à leur tour des mots (Mémoire, Vel ‘d’Hiv, Vivez vite, oui j’aime, Vénus Fleur, Albert Albert). Sans allégeance à une quelconque chapelle, Naccache peint inlassablement jusqu’en 2006 les traces des hommes, l’histoire d’un siècle parfois secoué par des désastres et par l’horreur.

La ruine n’est dans sa peinture nullement le symbole de l’échec et de l’im- puissance de l’art, mais un lieu de libération des forces créatrices. La ruine est fondamentale dans son œuvre. Elle fut son sujet de prédilection durant plus de vingt ans (chantiers, palissades, devantures murs lacérés, trottoirs éventrés) parce qu’elle donne du poids, de l’épaisseur, du souvenir à son message. Ce thème lui permet de dire sans concession le mal, la laideur, le désarroi, la beauté ou la poésie du monde (Love justice -Rose Prison- nière-Démolition -Chantier abandonné), ou de plonger avec nostalgie dans un âge d’or. Mais surtout, elle l’autorise à signer en grand et en couleur, sur cette palissade, avec ces deux mots qui résument, relatent et conduisirent sa vie : L’Amour- La Liberté.

Brigitte Ducousso-Mao

Historienne de l’art commissaire de l’exposition Naccache

 

En savoir plus

Critiques plus anciennes et biographie consultez sur le Web le site Edgard Naccache www.edgard-naccache.com

A lire

Nouvelle Figuration de Jean-Luc Chalumeau, paru aux Editions du cercle d’Art en 2005 Naccache, 60 ans de peinture, aux Editions Presse de Suisse, 1999

 
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